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Nous ne connaissions personne à Manchester, mais mon père était très ami de monsieur Yahia Benassayag, un homme très bien, apparenté à ma mère. Il représentait à Tanger, et dans tout le Maroc, la firme « Henri » de Manchester. Moyses lui demanda une recommandation pour cette firme, afin d'y ouvrir un crédit en lui remettant les deux mille Livres qu'il avait emmenées Lorsque j'arrivai à Iquitos, il n'y avait presque plus de marchandises dans l'entrepôt que Moyses avait fermé avant son départ à Manaos, quand il avait appris mon naufrage. Mais avec l'argent que nous avions laissé à Para, et pour ne pas perdre de temps, j'achetai des produits brésiliens - farine de manioc et autres - des affaires assez modestes. Certaines personnes, comme les associés de la maison « Marius et Lévy », se moquaient de moi, me disant que je faisais des affaires « grandioses ». Un autre, un français celui là, me disait que le jour où arriveraient mes marchandises, il y en aurait tant que l'on serait obligé de demander aux policiers de les garder. Moi, j'endurais toutes ces moqueries et j'attendais. Le temps passait et cela faisait six mois environ que je ne recevais rien de Moyses. Intrigué par ce retard à m'expédier ces marchandises, je décidai alors de retourner à Para pour télégraphier à Tanger, puisque ni à Iquitos ni à Manaos, il n'y avait de télégraphe. Il me répondit, par télégraphe aussi, qu'il n'avait pas continué pour l'Angleterre en raison du divorce de ma soeur Sol, que j'ignorais totalement. Je savais seulement qu'elle s'était mariée. Je décidais alors de m'embarquer pour Tanger, et, le lendemain, je pris le « Lanfrank ». C'était également le nom du bateau où j'embarquais à Lisbonne en 1879, mais celui ci était un bateau neuf, moderne, et d'un tonnage plus élevé. A mon arrivée à Tanger, je pressai Moyses de partir en Angleterre avec les lettres de monsieur Benassayag. Je passai trois mois à Tanger et je revins à Iquitos fiancé. Nous reprîmes nos affaires à une plus grande échelle et Moyses ne retourna plus au Brésil à partir de 1892. Je vous raconterai maintenant comment la Providence punît de ses moqueries et de son orgueil la colossale firme « Marius et Lévy ». Ils avaient un capital de douze millions de Francs de cette époque, ce qui équivalait à peu près à un demi-million de Livres, et avaient ouvert des bureaux à Paris, Manaos et Iquitos. Au fil des années, ils suspendirent leurs paiements et j'eus alors la satisfaction de protester une traite de 760 livres qu'ils m'avaient donnée sur Londres et qu'ils n'avaient pu honorer. Par ailleurs, quelques années après que nos affaires aient atteint leur apogée, arrivèrent au port d'Iquitos trois bateaux avec de très gros chargements pour notre maison de commerce. L'un d'eux, venant de Liverpool, avait fait escale à Hambourg, Le Havre, Anvers et Lisbonne. Les autres venaient de Para et Manaos. De tous ces ports, et du Danemark, de Suède, d'Espagne etc...,ils avaient embarqué des marchandises pour nous. Il y en avait une telle quantité que nos entrepôts ne pouvaient tout contenir. De plus, certains produits comme les liqueurs etc... ne passaient pas la douane. Nous dûmes alors les laisser sous les intempéries pendant une nuit, le temps de trouver d'autres magasins. Et c'est ainsi que s'accomplît la prédiction que me faisait, en se moquant, ce français de la firme Marius : je dus, en effet, cette nuit là, demander à deux policiers de venir surveiller mes marchandises! L'écriture de ces mémoires a été commencée de la main d'Abraham, fils de Donna, et poursuivie par Jacky. Je n'y ai pas parlé de mon frère Samuel, parce que je me suis résolu à oublier et à pardonner. J'oublie parfois quelques petits détails et je me les remémore plus tard. ![]() |